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Triste anniversaire pour PEK

Nos vies sont jalonnées de dates-anniversaires. Il y a celles qui se fêtent dans la liesse populaire, avec pétards et feux d’artifice, et d’autres auxquelles au contraire les foules assistent dans le recueillement, tête basse et le cœur gros. D’autres encore les gardent dans le secret de leurs agendas personnels. A chacun ses anniversaires de vie et de mort.

Les derniers jours de février sont de triste mémoire pour ceux qui ont souffert des événements qui ont endeuillé le Cameroun en 2008. Et parmi eux, il y en a un qui en sera ce 29 février à sa sixième année en prison : Paul Eric Kinguè.

Triste jalon le long du chemin de sa vie, mais y a-t-il encore des anniversaires heureux quand on est exclus de la société ? En prison, même les fêtes les plus joyeuses sont d’une grande tristesse, surtout pour ceux qui vivent leur peine avec la conviction d’être injustement condamnés. Et les anniversaires douloureux le sont encore plus quand on se sent concerné.

Six ans après le début de ce qu’il est désormais convenu d’appeler l’affaire Paul Eric Kinguè, on en sait maintenant plus sur ce qui a conduit cet homme en prison. L’histoire, vous la connaissez (voir http://coupdpouce-luxembourg-cameroun.over-blog.com/article-flash-back-affaire-paul-eric-kingue-96961279.html ). Ce qui ne fait maintenant plus aucun doute, c’est le nombre époustouflant d’erreurs judiciaires et de fautes de procédure dont ont été émaillés les procès. Elles ont été examinées par des juristes choisis parmi les plus compétents qui soient, et dénoncées par des ONG de renom.

Sur le plan strictement judiciaire, la Cours Suprême qui devrait trancher incessamment ne devrait avoir aucun mal à constater ces erreurs flagrantes et en toute logique prononcer la nullité de l’affaire, sans même s’attarder à rejuger le fond puisqu’il est inconsistant.

Alors se pose la question. Si sur le plan judiciaire les faux motifs de délit de droit commun invoqués ne peuvent pas expliquer les longues années d’emprisonnement, d’humiliation et de tortures infligées à PEK, sans compter ce que nous appellerons pudiquement les « dommages collatéraux » dont ont été victimes certains témoins, amis et membres de sa famille, où faut-il donc chercher les vraies raisons de ses condamnations ? Comment expliquer que des soi-disant délits somme toute mineurs aient entraîné de lourdes condamnations allant à un certain moment jusqu’à la réclusion à perpétuité, c’est-à-dire à la peine de mort lente en prison ?

Faut-il que l’enjeu soit de taille pour qu’un tel déchaînement de violence et d’injustice se soit ainsi abattu sur cet homme ! Faut-il que ce soit grave pour que des magistrats aient accepté de se mettre hors la loi pour condamner un innocent, foulant aux pieds les principes les plus élémentaires de la Justice qu’ils sont pourtant censés faire respecter ! Faut-il qu’il y ait de bonnes raisons pour que les autorités en charge de ce dossier soient restées sourdes aux protestations qui se sont élevées des quatre horizons !

La vérité, on la connait. PEK avait demandé aux sociétés agroalimentaires de Djombé et de Penja dont il était le Maire non pas de se muer en œuvres de bienfaisance, mais tout simplement de se conformer aux lois commerciales du pays en s’acquittant des taxes communales. Une telle audace est-elle donc à ce point impardonnable dans un État qui pourtant se proclame de droit ? Il y a pour le croire…

Nous attendons beaucoup du verdict qui sera rendu par la Cour Suprême. Nous osons penser qu’elle fera preuve de sagesse et redorera ainsi le blason de la Justice passablement terni par cette affaire en accordant à PEK un ultime jugement cette fois équitable, dans le strict respect des lois de son pays. Il arrive que l’on sorte grandit quand on reconnait ses erreurs. La haute magistrature aura-t-elle ce courage?

A l’heure où j’écris ces lignes, PEK attend. Refusant toute négociation, marchandage ou compromis, il veut sortir de cette interminable épreuve la tête haute pour repartir de plus belle au combat. Meurtri, bien-sûr, mais cette fois renforcé par la détermination de ceux qui lui ont accordé leur soutien. Il sait maintenant qu’il ne sera plus jamais seul.

HUBERT coordinateur du groupe de soutien à PEK, contact: luxjeux@pt.lu

Tag(s) : #Tous les articles de ce blog, #affaire PEK

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