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conférence CEBAPH: intervention pour PEK

Bruxelles 8/3/14 – HUBERT

Lors de la conférence du 8 mars 2014 organisée à Bruxelles dans le cadre de la commémoration des événements de 2008 au Cameroun, j’ai pris la parole pour évoquer l’affaire Paul Eric Kinguè. Voici en substance ce que j’ai dit. Mon intervention faisait suite à la projection du film de J-M Teno, émouvant témoignage d’Ernestine Ouandié sur son pénible parcours personnel, fille de héros. (voir encart ci-dessous)

Mesdames, Messieurs,

Avant d’évoquer l’affaire Kinguè, permettez-moi une réflexion personnelle et qui n’engage donc que moi en guise de transition : il ne fait pas toujours bon être la fille ou le fils d’un grand homme, fut-il un héros. En ce 8 mars, j’ai une pensée particulière pour un petit garçon, Paul Eric Kinguè Junior, dont c’est précisément aujourd’hui le triste anniversaire de décès survenu dans des circonstances troublantes.

Ceci dit, je vais tâcher de me faire fidèlement le porte-parole du groupe de soutien à Paul Eric Kinguè, bien qu’il soit difficile de parler d’une seule voix au nom de tant de gens répartis partout dans le monde, et de toutes tendances politiques, idéologiques et culturelles. Néanmoins, malgré cette grande diversité, nous sommes unanimes pour dénoncer l’injustice flagrante qui est faite à PEK, et, avec lui, nous voulons que justice lui soit rendue et qu’il soit jugé équitablement dans le strict respect des lois de son pays, comme ce devrait être tout simplement normal au Cameroun qui se proclame État de droit.

Nous ne reviendrons pas sur l’historique de l’affaire, vous la connaissez sans doute puisqu’elle a maintenant fait le tour du monde, et vous en trouverez un résumé sur les papiers qui sont à votre disposition. (http://coupdpouce-luxembourg-cameroun.over-blog.com/article-flash-back-affaire-paul-eric-kingue-96961279.html )

Sur le plan juridique, la situation est actuellement figée. Nous attendons le bon vouloir de la Cours Suprême qui devrait statuer incessamment, mais qui après avoir officiellement arrêté la date au 5 août de l’an passé l’a reportée à une date… ultérieure… indéterminée.

PEK réclame justice, et rien que justice, et il a clairement fait savoir que dans l’état actuel de l’affaire il n’acceptera aucun arrangement à l’amiable, aucune condition à sa libération, et certainement pas une quelconque grâce présidentielle qui équivaudrait selon lui à un aveu de culpabilité, ce qui serait invraisemblable.

Malgré les déceptions du passé, nous gardons bon espoir, car nous ne voyons pas comment la Cours Suprême pourrait ignorer ou justifier la montagne d’erreurs de procédures judiciaires dont les différents procès sont entachés. Cet ultime jugement en dernier recours devrait logiquement aboutir à l’acquittement de PEK, à sa réhabilitation et à son indemnisation pour les dommages subis pour autant qu’il soit possible de monnayer les souffrances qui lui ont été infligées.

Merci aux organisateurs d’avoir accordé cette année une grande place à PEK pour la commémoration des événements sanglants de février 2008. Des jeunes et même de très jeunes ont été tués. Beaucoup ont été emprisonnés. Certains le sont encore, et parmi eux PEK a un statut un peu particulier.

En effet, lui n’était pas descendu dans les rues pour crier sa colère, il n’a rien saccagé, rien détruit. Au contraire, Paul Eric Kinguè a tout fait pour calmer les esprits surchauffés de « ses » jeunes qui hurlaient leur colère et leur désespoir.

Pourquoi alors a-t-il été jeté en prison avec eux, le 29 février 2008 ? Parce que, lui aussi avait exprimé, à sa manière, les mêmes revendications. Lui aussi s’est battu contre la corruption qui gangrenait la commune de Penja, lui aussi s’était révolté contre la misère qui accablait ses concitoyens, lui aussi voulait de l’eau, de l’électricité, des routes praticables, des salaires décents pour les ouvriers des bananeraies.

Il avait entrepris ce combat de manière certes moins spectaculaire qu’en montant aux barricades, mais peut-être plus efficace encore en faisant le grand nettoyage des malversations qui maintenaient sa population en état de misère. C’est d’ailleurs bien dans ce but qu’il avait voulu devenir Maire de Penja.

A en juger par la manière dont il fut arrêté et jeté en prison, puis humilié et torturé, à en juger par l’acharnement judiciaire dont il a fait l’objet et par la férocité de ses bourreaux, on comprend bien que sa révolution à lui a fait trembler le système en place peut-être plus encore que des jets de pierres ou des pneus brûlés dans les rues.

Car il s’agissait bien d’une révolution. Pensez donc ! Refuser de se laisser corrompre comme il était de coutume pour fermer les yeux sur les magouilles institutionnalisées, refuser de faire payer par la commune des frais fictifs, et comble de chamboulement dans les habitudes, exiger en toute légalité et avec l’appui du ministère des finances que les sociétés agroalimentaires implantées sur sa commune payent les taxes communales dont elles avaient été exonérées depuis toujours sans raison, du-moins sans raison avouable, n’était-ce pas là une véritable révolution ?

En demandant simplement que les lois soient appliquées, PEK a fait figure de dangereux chef rebelle dans un système où les malversations sont devenues la normalité. Il fallait donc l’éliminer. Ce qui fut fait.

Au nom de ceux qui sont morts pour cette même cause, au nom de ceux qui en souffrent encore aujourd’hui et dont les plaies ne cicatriseront jamais, le groupe de soutien à PEK demande solennellement aux autorités en charge de cette affaire que justice lui soit enfin rendue pour qu’il puisse continuer le combat qu’il a entrepris contre la misère qui n’en finit pas d’écraser ses concitoyens. Nous demandons - nous exigeons - justice pour Paul Eric Kinguè, et rien que justice, avec la conviction que ce n’est pas trop demander. HUBERT

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Tag(s) : #Tous les articles de ce blog, #affaire PEK

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