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Lettre ouverte de PEK aux USA

Prison de New-Bell, le 12 Mars 2014.

A Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur des Etats-Unis au Cameroun.

Objet : Manquements et omissions graves du Rapport 2013 des Etats-Unis sur les Droits de l’Homme au Cameroun.

Excellence Monsieur l’Ambassadeur,

C’est avec une note de satisfaction partielle d’une part et d’interrogations d’autre part, que j’ai parcouru le tout récent rapport des Etats-Unis sur l’état des Droits de l’Homme au Cameroun.

S’il est évident, constant et inattaquable de reconnaître que les Droits de l’Homme sont en péril grave au Cameroun depuis plus d’une décennie, l’on ne peut s’empêcher de s’interroger sur l’objectif réel de votre rapport citant nommément dans le seul but de le mettre en exergue, Sieur MARAFA HAMIDOU Yaya comme détenu politique au moment où, de la prison de Kondengui au Secrétariat d’Etat à la Défense (SED) en passant par la prison centrale de Douala, des dizaines de détenus politiques croupissent dans des cellules infestes sans que leurs cas retiennent particulièrement votre attention.

Du rapport 2013 de votre pays sur les détentions arbitraires au Cameroun, il transpire aisément, la volonté pour les Etats-Unis de tirer de l’enfer du régime qu’il a personnellement, consciemment et loyalement contribué à bâtir en tant que maillon fort, (Ministre de l’Intérieur) Sieur MARAFA HAMIDOU Yaya, sans doute pour des raisons d’alternance politique au Cameroun.

Le mérite-t-il vraiment ?

Doit-on comprendre que votre pays voudrait transformer un bourreau en héros ?

Monsieur l’Ambassadeur, comment comprendre que d’autres Camerounais croupissent arbitrairement dans nos prisons, y compris les victimes de MARAFA HAMIDOU Yaya et que le cas de ce dernier dont les procédures judiciaires sont pourtant relativement bien respectées vous préoccupe tant ? Que se cache-t-il derrière ces rapports ciblés de votre pays sur les détentions arbitraires au Cameroun ?

LE CAS PAUL ERIC KINGUE

Contrairement au candidat d’alternance rêvé par les Etats-Unis ? et/ou la France ? (MARAFA HAMIDOU Yaya), j’ai été enlevé le 28 Février 2008 à 14H 30 à Penja, alors que j’étais Maire de la Commune de Njombé-Penja dans le Littoral du Cameroun, par une escouade de militaires et de gendarmes (21 camions de militaires et 06 pick-up de gendarmes) sans aucun mandat de justice obligatoire pourtant, sauf en cas de flagrant délit.

Conduit à la compagnie de gendarmerie du Moungo (Région du Littoral) où j’ai passé 21 (Vingt un) jours de garde à vue au lieu de 06 (Six) jours maximum prescrits par les lois camerounaises, j’ai été écroué à la prison principale de Nkongsamba où régulièrement enchaîné aux pieds et aux mains comme un esclave des temps anciens, j’étais amené devant les tribunaux pour y répondre des faits que j’ignorais.

Excellence Monsieur l’Ambassadeur,

Mon enlèvement intervenu le 28 Février 2008 a été instruit par celui que les Etats-Unis défendent nommément à cor et à cris, quelques heures seulement après qu’il m’eût suspendu de mes fonctions de Maire pourtant légalement, démocratiquement et à une majorité écrasante élu (83%).

04 (Quatre) procès instigués par ce dernier ont été ouverts contre moi, sous son contrôle et ses directives avec à chaque fois, des condamnations qui ont quelques fois atteint la perpétuité.

Un acharnement à ciel ouvert largement relayé par la presse nationale et internationale, mais jamais dénoncé dans vos multiples rapports (antérieurs ou actuels), comme si l’acharnement judiciaire n’est pas une atteinte aux Droits de l’Homme aux Etats-Unis, pourtant grands défenseurs universels des Droits Humains.

Pour vous édifier non exhaustivement sur des violations de mes droits et des incongruités qui ont émaillé chacune des procédures engagées contre ma modeste personne, vous vous ferez Excellence Monsieur l’Ambassadeur, la peine de lire entre les lignes, la lettre ci-jointe, que je viens d’envoyer au Président de la République du Cameroun, attirant sa haute attention une fois de plus, sur ma détention arbitraire.

Excellence Monsieur l’Ambassadeur, à ce jour Sieur MARAFA HAMIDOU Yaya fait l’objet d’une seule condamnation. J’en ai connu quatre (04) dont deux (02) pour les mêmes faits ; ce qui me semble plus grave et encore jamais égalé au Cameroun. Mon cas, mieux que celui de cet homme qui a détruit les vies mérite que vos rapports antérieurs et actuels sur ce point précis, soient rectifiés si les Etats-Unis ne veulent pas passer pour des stratèges dont le seul but visé dans ces rapports ciblés est la déstabilisation du Cameroun pour porter MARAFA HAMIDOU Yaya à la tête du pays.

Les droits de l’Homme sont universels et ne sauraient se réduire aux seuls cas d’ambitieux politiques dont les lobbies ici et là, ont d’autres visées que les Droits Humains.

Oui Excellence Monsieur l’Ambassadeur, je suis plus détenu politique que MARAFA HAMIDOU Yaya et voici pourquoi :

• Mon enlèvement est déclenché par MARAFA HAMIDOU Yaya le 28 Février 2008, alors que je venais de dénoncer sur les antennes de la chaîne de télévision privée "CANAL 2", le meurtre par la police camerounaise (GMI n° 2) de jeunes manifestants à Njombé-Penja-Loum pendant les émeutes de Février 2008, goutte d’eau qui a débordé le vase, car en réalité, mon arrestation était déjà planifié, ma révocation programmée pour ma lutte acharnée contre le non-paiement des impôts locaux à la Commune dont j’avais la charge par les bananeraies françaises de Njombé-Penja depuis plus de 30 ans ;

• Toutes les condamnations rendues contre ma modeste personne sont sans commencement de preuves, sans aucune trace de preuves ;

• Les procédures objets de ma détention sont toujours pendantes depuis 17 (Dix sept) mois à la Cour Suprême alors que la loi prescrit 8 (Huit) mois seulement à celle-ci, pour vider sa saisine ;

• Toutes mes demandes antérieures de libertés provisoires ont été purement et simplement rejetées ; • Je n’ai jamais été informé des faits qui me sont reprochés tout au long de la procédure qui me maintient en prison ;

• Quatre (04) procès ont été ouverts contre ma modeste personne en 06 (Six) mois dont 02 (Deux) pour les infractions de même nature ; • Il n’existe pas de plaignant dans la procédure objet de ma poursuite ;

• Il n’existe pas de partie civile c’est-à-dire de partie ayant subi de préjudice dans la procédure objet de ma détention (Voir notes d’audiences jointes) ;

• Un seul procès-verbal a donné lieu à deux procès de détournement sur une période de gestion de 07 (Sept) mois seulement ;

• Je n’ai jamais été traduit au "Contrôle Supérieur de l’Etat", alors et surtout que j’étais Maire, c’est-à-dire gestionnaire et ordonnateur de crédits publics et ce, au mépris de la loi n° 74-18 du 05 Décembre 1974 relative au contrôle des ordonnateurs, gestionnaires et gérants des crédits publics et des Entreprises d’Etat, modifiée par la loi n° 76-04 du 08 Juillet 1976 ;

• J’ai été suspendu de mes fonctions le 28 Février 2008 par Sieur MARAFA HAMIDOU Yaya, sans procédure contradictoire, pourtant expressément prescrite par l’Article 94 alinéa 1 de la loi n° 2004-18 du 22 Juillet 2004 fixant les règles applicables aux Communes qui dispose : « En cas de violations des lois et règlements en vigueur ou de faute, les Maires et Adjoints, après avoir été entendus ou invités à fournir des explications écrites sur les faits qui leur sont reprochés, peuvent être suspendus par Arrêté du Ministre chargé des Collectivités Territoriales, pour une période n’excédant pas 03 (Trois) mois … »

Pour la crédibilité de vos rapports sur les Droits de l’Homme au Cameroun, tous ces manquements, violations et abus méritent d’être publiés par les Etats-Unis et portés sur la table du Président Barack OBAMA en priorité, car nulle part au monde, on ne peut fermer les yeux, là où un individu subit un aussi grave acharnement judiciaire.

ET LES AUTRES ALORS…

Si je me réjouis des cas NGUINI EFFA et autres, mentionnés dans votre rapport 2013, d’autres par contre plus graves que le seul cas MARAFA, méritent que vos informations soient revues et corrigées. Je pense entre autres, au cas, SIYAM SIEWE, ETONDE EKOTTO et leurs co-accusés dont les preuves de subornation de témoins ont été étalées au grand jour, les concernés (témoins) sanctionnés par leur hiérarchie (Ministre délégué au Contrôle Supérieur de l’Etat) sans que les noms de leurs victimes écrouées figurent dans vos rapports. Des cas d’école pourtant … !

Il me semble urgent Excellence Monsieur l’Ambassadeur, que tous les acteurs ayant rédigé ce rapport destiné à sauver le "Candidat" MARAFA HAMIDOU Yaya, soient édifiés afin que toute action menée par les Etats-Unis et les lobbies cachés de ce dernier intègrent ni plus, ni moins la vérité suivant laquelle leur "Champion" rêvé est moins détenu politique que Paul Eric KINGUE et les autres.

Je suis ouvert et prêt à recevoir pour plus amples informations vos experts en Droits de l’Homme afin que pareil rapport ne soit plus jamais rendu public par un Etat respectueux des Droits de l’Homme, un Etat aussi sérieux que le vôtre.

Je m’en voudrais de ne pas attirer votre attention sur les cas d’exploitations humaines des temps modernes par les bananeraies françaises du Moungo, des populations de Mbanga, Njombé-Penja, Bouba, Loum, Manengolè, Manjo aux noms desquelles je suis écroué en prison depuis Février 2008.

En attendant, je vous prie Excellence Monsieur l’Ambassadeur, de croire à ma très haute et constante considération.

Le détenu politique Paul Eric KINGUE

Victime d’acharnement

Tag(s) : #Tous les articles de ce blog, #affaire PEK

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