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Affaire PEK : du rififi sur RFI

Les auditeurs d’RFI-Afrique ont entendu il y a quelques jours que l’ONU avait émis une recommandation adressée aux autorités camerounaises dans l’affaire Paul Eric Kinguè, et qu’en bref la conclusion de cette étude tient en cette phrase de fin du document : « Le gouvernement est tenu de prendre les mesures nécessaires pour mettre fin à cette situation et d’accorder les réparations appropriées à la victime ». Pour faire plus simple encore, ça veut dire : libérez PEK, acquittez-le et dédommagez-le.

Cette information diffusée par RFI-Afrique, radio à forte audience en Afrique francophone et donc au Cameroun, n’est évidemment pas passée inaperçue et le gouvernement a tenu à réagir par la voix de son ministre de la communication. Voici mot pour mot ce qui a été dit ce matin :

Au Cameroun : le gouvernement ne compte pas donner suite aux recommandations d’un groupe d’experts de l’ONU. Ces experts ont estimé cette semaine que Paul Eric Kinguè était en détention arbitraire, qu’il devait donc être libéré et même dédommagé. L’ancien maire de Djombé-Penja avait été condamné en 2012 à la prison à vie pour des détournements de fonds. Sa peine avait été réduite à 10 ans de prison, en appel, mais l’affaire est toujours pendante devant la Cours Suprême. Dans leurs avis, les experts de l’ONU font état de soupçons de collusion entre les pouvoirs exécutifs et judiciaires, des accusations diffamatoires selon le porte-parole du gouvernement camerounais qui estime que le groupe n’a pas été impartial dans son travail et que le gouvernement ne donnera pas suite à ces recommandations.

Nous qui soutenons PEK dans son combat pour que justice lui soit rendue, nous nous réjouissons d’abord qu’enfin l’État ait daigné répondre au sujet de cette affaire pour laquelle il n’avait jusqu’à présent jamais sourcillé, préférant ignorer le tollé d’indignation.

Que l’État se sente vexé d’être pris en faute, c’est normal. Il y a des vérités pénibles à accepter, surtout quand elles émanent d’un collège d’experts aux compétences incontestables. Que l’État rechigne à admettre ses erreurs, c’est compréhensible ; n’est-ce pas d’ailleurs ainsi partout au monde ? Que l’État s’entête avec la dernière des énergies pour obtenir la condamnation de PEK, on peut l’admettre, puisqu’il est partie prenante dans cette affaire « État du Cameroun contre Paul Eric Kinguè ». Que l’État en arrive à nier l’évidence et à rejeter en bloc cette recommandation, soit, c’est de bonne guerre de la part d’un adversaire qui veut gagner le combat à n’importe quel prix, quitte à bafouer les conventions internationales, quitte à fouler au pied ses propres lois.

Ce qui est étonnant, c’est la légèreté dont fait preuve le porte-parole du gouvernement en n’hésitant pas ainsi à placer le Cameroun en situation diplomatique inconfortable, en le reléguant de ce fait au statut d’État voyou qui refuse d’appliquer les recommandations des Nations Unies, en reniant sa signature au bas des conventions dûment ratifiées. Cela ne risque-t-il pas de faire un peu mauvais genre dans les salons feutrés, là où se signent les contrats entre le Cameroun et ses partenaires ? Si le Cameroun se permet de balayer d’un geste les recommandations de l’ONU, quel crédit apporter ensuite à ceux qui le proclament État de Droit ?

Heureusement, l’avis de Monsieur Tchiroma Bakary n’engage probablement que l’une des deux parties d’une bataille judiciaire, et qu’au final un juge intègre aura à cœur de rendre justice en âme et conscience, dans le strict respect des lois de son pays. Nous ne doutons pas un seul instant qu’il étudiera les arguments présentés par les deux parties, et qu’il tiendra compte équitablement aussi bien des agitations du Ministère Public que de cette recommandation de l’ONU qui pèsera de tout son poids parmi tous les autres éléments pertinents de la défense de PEK.

Espérons seulement que cette fois les soupçons de collusion entre les pouvoirs exécutifs et judiciaires épinglés par les éminents enquêteurs de l’ONU ne soient plus que de mauvais souvenirs et que les juges de la Cours Suprême pourront rendre justice et rien que justice, en toute indépendance.

HUBERT

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Sur le même sujet : N’en déplaise à M.Tchiroma-Bakary, Paul Eric Kinguè doit recouvrer la liberté au Cameroun. Et c’est signé : Joël Didier Engo, porte-parole de l’asso CL2P

http://cl2p.org/nen-deplaise-m-tchiroma-bakary-paul-eric-kingue-recouvrer-liberte-au-cameroun/

Tag(s) : #Tous les articles de ce blog, #affaire PEK

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