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Charlie : trop à dire, rien à écrire.

Je suis Charlie : trop à dire, rien à écrire. Désolé, lectrices et lecteurs qui attendiez sans doute mes commentaires à chaud, j’en ai été incapable. Ça bouillonnait dans ma tête en remue-méninge incohérent. J’aurais voulu être grave, drôle, grandiloquent et humble à la fois, mais je suis resté muet devant la page blanche de mon ordi.

J’ai suivi avec stupeur l’assassinat des cartoonistes de Charlie Hebdo. C’est qu’on n’est pas bien habitués à des tueries pareilles par ici, à deux pas de chez-moi ; et plus c’est près, plus on se sent concerné. Illogique mais humain, près des yeux près du cœur. Tenez, quand un seul homme se fait dégommer devant ma porte, ça me retourne l’estomac bien plus que pour des milliers massacrés loin d’ici. Le coup est passé près. Abasourdi ; page blanche.

Je me suis senti Charlie, même si l'on peut discuter de la pertinences de ce slogan, quand j’ai compris qu’il s’agissait d’une attaque meurtrière des valeurs auxquelles je tiens, mais le choc était si dur que je n’ai pas trouvé les mots pour riposter. J’aurais voulu profiter de la liberté qui m’est offerte de pouvoir m’exprimer, et dont je ne me prive pas pour me faire parfois la voix d’amis muselés sous d’autres cieux, mais la consternation était telle que les mots sont restés dans mon clavier. Groggy ; page blanche.

J’ai cru errer en plein cauchemar quand la tuerie a continué, ciblant hommes, femmes, enfants, musulmans, croisés, juifs, athées… au nom d’un Dieu dont je n’oserais même pas prononcer le nom par peur de représailles. Terrifié ; page blanche.

J’ai à la fois maudit et plaint les assassins qui ont agi aux ordres de commanditaires qu’ils ne semblaient pas bien connaître puisqu’ils ont revendiqué leur appartenance à deux groupes ennemis qui s’excommunient l’un l’autre au nom d’un même Dieu qu’ils imaginent sans doute féroce à leur image et à leur ressemblance. Indigné ; page blanche.

J’ai suivi avec émotion l’immense manifestation populaire de Paris et d’ailleurs, j’ai compris que cet attentat avait fait dix-sept tués et des millions de blessés un peu partout dans le monde. Trop ému, je me suis tu à l’instar des foules dignes et silencieuses. Attristé ; page blanche.

J’ai poliment gardé le silence en voyant plastronner des représentants d’États qui ne me semblaient pas à leur place pour défendre la liberté de presse dans les rues de Paris. J’ai gardé mes rancœurs envers ceux qui se proclament chantres de la liberté notamment d’expression, mais qui font taire ceux qu’ils jugent indésirables parce que même aux pays des grandes libertés on peut tout dire, mais pas tout quand-même. Autocensuré ; page blanche.

J’ai partagé l’immense douleur des proches, des témoins éclaboussés du sang de ceux qu’ils aimaient et qui sont morts pour leurs idées ou sans même savoir pourquoi. Je me suis recueilli avec une pensée pour les foules de victimes de l’obscurantisme, déportées, meurtries, assassinées et pour ceux qui meurent pour les défendre. Sans hommage, sans honneurs. Effondré de douleur ; page blanche.

Comme ils disaient chez Charlie Hebdo, tant que la page reste blanche, on est au-moins sûr de ne pas avoir été mauvais. Mais dès le premier coup de crayon, on n’est plus sûr de rien.

Alors, voilà, maintenant je ne suis plus sûr de rien, sauf qu’il faut s’accrocher tant qu’on peut à la liberté. Rien n’est jamais définitivement acquis. HUBERT

Tag(s) : #Tous les articles de ce blog, #coups de gueule! coups de coeur!

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