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au JT de 20 h. – images des migrants -

D’abord une bonne blague, pour vous dérider en ces temps difficiles : c’est l’histoire de la vieille noble dame qui voit un pauvre bougre à quatre pattes dans l’accotement.

- La châtelaine : Mais que faites-vous là, pauvre hère ?

- Le hère : Je suis affamé Madame et sans ressources, alors je mange l’herbe des bas-côtés.

- La châtelaine : Oh ! Quelle misère. Entrez donc dans le parc du château, l’herbe y est meilleure …

Bonne vieille blague, n’est-ce pas, mais un peu désuète. D’accord ; alors réactualisons-là. Il suffit de remplacer la châtelaine par « vieille Europe » et le miséreux par « réfugié syrien, ou afghan, ou érythréen… » et ça nous fera rire un peu. Un peu seulement, parce que ce n’est guère réaliste. Parce qu’en vrai, la Vieille Europe n’ouvre pas de bonne grâce le portail du parc mais au contraire le cadenasse à double tour et renforce les grillages. Sauf aussi que le réfugié n’est pas venu seul. Ils sont vingt et cent, ils sont des milliers [Ferrat]… chanterait aujourd’hui le poète.

Avant-hier, au JT de 20 heures, on nous montrait le mur d’acier en frontière hongroise, le renforcement des grillages de Calais, les scènes de xénophobie délirantes avec incendies de centre d’accueils, tabassages policiers, écrasement de camps de fortune. La haine engendrant la haine, des gens des rues d’ici se sont mis à hurler avec les loups. Pleutrement enclins à choisir le camp de ceux qui crient le plus forts et encouragés par des discours populistes à bon marché, on a vu la sainte famille Machin (le père, la mère, la fille, le fils, le Saint Esprit) [Brassens] rallier des hordes de gens tout comme eux bienpensants, prêts à bouter les barbares hors des remparts européens comme aux bons vieux temps féodaux. Sauf que l’ennemi n’est ni armé ni agressif; sauf que nous avons peut-être oublié qu’on ne frappe pas un homme à terre. Encore moins un enfant.

Mais ça, c’était avant-hier. Depuis hier, nos décideurs ayant sans doute compris qu’aucun mur de barbelés ne pourrait endiguer le tsunami des migrants, les cameramen du 20 heures dont on se doute qu'ils obéissent à des ordres venus de très haut focalisent maintenant avec insistance sur des fêtes d’accueils aux réfugiés, avec banderoles de bienvenue et fanfares municipales. On voit des populations entières apporter vivres, vêtements, tentes et jouets, des bénévoles au grand cœur maçonner, peindre, cuisiner, des propriétaires d’immeubles ouvrir leurs portes, des familles bien de chez-nous héberger des familles de là-bas. Le vent de la com a tourné. Puisqu'à l'évidence on ne pourra pas empêcher les migrants d'arriver, l'opinion publique doit maintenant devenir favorable à l'accueil des demandeurs d'asile afin de cautionner le revirement forcé de nos dirigeants. Et quoi de plus efficace que les images du 20h pour la manipuler selon leurs désirs ? Le mot d'ordre aujourd'hui est: bienvenue chez-nous. Qu'on se le dise.

La fibre humaniste n’est pas gangrénée, et ne l’a jamais été d’ailleurs. Après l'avoir passée longtemps sous silence, on nous a enfin montré hier cette brave dame de Calais qui depuis dix ans s’échine à apporter presqu’en cachette un peu de douceur à ses voisins de la jungle, faisant le gros dos aux quolibets et aux injures des riverains. On nous montre enfin cet étudiant qui consacre ses maigres finances et ses temps libres à parer au plus pressé puisque les politiciens, soucieux de se ménager les bonnes grâces d’un électorat résolument tourné vers des horizons d’extrême droite, ont jusqu'à hier soir consacré de préférence des budgets faramineux d’argent public au renforcement des murs plutôt qu’à l’application de la charte des droits universels de l’Homme (dont leur pays s'enorgueillit pourtant).

Mais ça, c’était au 20 heures d’hier. Qu’en sera-t-il aujourd’hui ? Quel camp l’opinion publique va-t-elle choisir ? Le rejet ou l’accueil des étrangers ? Et, corolairement, à quel camp nos politiciens vont-ils devoir faire les yeux doux avec toute l’hypocrisie d’État ou de proximité qu’on leur connait ? Quelles seront demain les consignes aux reporters du JT?

Moi-même qui me dis pourtant homme de convictions, j’hésite à choisir un camp plutôt que l’autre. Alors, pour ménager la chèvre et le chou, pour ne pas mettre à mal la moitié de mes relations de bon voisinage, je crie avec la foule « pas de ça chez-nous ». Les anti-immigrants-clandestins traduiront par « on ne veut pas de tous ces pouilleux ici, qu’on les renvoie d’où ils viennent », les humanistes par « on ne peut pas tolérer une telle misère ici, nous devons les accueillir dignement »,… et je dormirai paix, en bonne entente avec tout le monde. Même si quelques immanquables esprits grincheux prétendront que mes prises de position transparaissent à travers ces lignes.

(Des fois, je me sens doué pour la politique, pas vrai ?!)

HUBERT

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