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Réflexions de comptoir : DEFENSE D’URINER.

Je m’insurge. Le patron du café des sports a placardé un panneau « défense d’uriner » sur son mur extérieur qui fait coin avec l’église du village. Endroit que les habitués appellent « le p’tit coin».

Défense d’uriner ! Non, mais, on va où là ?

J’en ai touché un mot à mon pote Marcel, vous savez, le gros plein de bière et de bon sens avec qui j’ai coutume de refaire le monde à l’apéro.

- Dis, Marcel, tu as vu le panneau, au p’tit coin ?

- Mwai.

- Tu en penseras ce que tu voudras, mais moi j’estime que c’est une atteinte grave à la liberté et à la dignité humaine, et même aux droits universels de l’homme. Je te dis ça parce que je m’y connais en matière de droits de l’homme, je pourrais te réciter la charte par cœur : tous les hommes naissent égaux en droit, et blablabla, et ont le droit de boire, et, forcément de se soulager. Alors, que le patron nous interdise d’uriner, ça me semble intolérable.

- Oui, mais, il ne l’a sans doute pas signée, la charte, et si ça se trouve, il ne l’a peut-être même pas lue… Un patron de bistrot, ça ne doit pas forcément être érudit !

- D’accord, Marcel, seulement, même toi qui n’est pas une lumière, tu as assez de bon sens pour savoir qu’il est physiquement impossible d’empêcher un homme ou un chien ou une vache de pisser. Même le pire des dictateurs tortionnaires n’y arriverait pas. Et donc, subséquemment et nonobstant le fait qu’il soit le patron (ça en jette des mots pareils, hein !), j’estime qu’il bafoue honteusement et imbécilement les droits de l’homme et que, sur le principe, il mériterait qu’on porte plainte aux plus hautes instances de l’ONU.

Là, on a marqué un temps de pause silencieuse à réfléchir, parce que c’était du lourd que je venais de balancer, du très lourd.

- Oui mais, a repris Marcel, avant d’alerter les hautes autorités, il faudrait être sûr que c’est bien le patron du café qui a mis le panneau, parce que, si ça se trouve, comme le p’tit coin jouxte le mur de l’église (15 à, égalité ), c’est peut-être Monsieur le curé qui l’a placardé le panneau, ou même peut-être et très probablement que le patron et lui sont de mèche…

- Pas impossible ça, surtout que dans leurs genres respectifs et leur belle tolérance de façade, ils sont tous les deux aussi intransigeants sur leurs codes de bonne conduite tant morale qu’urinaire.

On a médité un peu chacun pour soi sur l’autoritarisme outrancier et intolérant du patron du café des sports et sur celui du représentant de Dieu sur terre. Rien d’étonnant qu'ils soient copains comme cochons d’ailleurs, puisque l’Histoire nous a montré que l’Eglise a souvent soutenu les dictateurs. Et donc, que tenancier de bistrot et curé de paroisse, tous deux adeptes de leurs pensées uniques respectives se soient unis pour une même interdiction: normal. Sans discussion. Point. Sinon…

- Sinon… quoi ? ai-je alors dit, poursuivant à voix haute le fil de mes idées.

- Sinon quoi, quoi ? a répondu Marcel.

- Ben voilà, c’est bien beau d’édicter une loi, mais encore faut-il contrôler qu’elle soit respectée et sanctionner les éventuels contrevenants. Sinon ça ne sert à rien.

- Pour ce qui est du contrôle, tu peux compter sur la patronne ou sur le bedeau, ils voient tout. Et pour la sanction, ils te jetteront un sceau d’eau de Javel dans les pattes, et tu pourras alors te vanter d’être à la mode avec le pantalon tout délavé. Ou alors, ils te confisqueront le matériel du délit, hahaha (rire gras)!

- Arrête de rigoler, Marcel, c’est un vieux mauvais bon mot qui ne fait plus rire que toi. Sérieusement, on doit faire quelque-chose.

On a réfléchi, et c’est Marcel qui a eu l’idée.

- Si on admet que c’est vrai que c’est sale d’aller pisser au p’tit coin et que c’est vrai qu’il y a des endroits pour ça, et que si même au nom des droits de l’homme on admet que la liberté des uns s’arrête où les emmerdes des autres commencent, le patron et le curé ont eu raison de mettre le panneau. A mon avis, le problème réside dans le fait qu’il n’est pas suffisamment explicite. Il aurait dû y être écrit : « défense d’uriner ici, précisément au p’tit coin ; allez pisser ailleurs dans un endroit prévu pour, sous peine de poursuite par la patronne et le bedeau munis d’un sceau d’eau de Javel qu’ils flanqueront dans les pattes de tout contrevenant ».

- C’est pas mal, mais c’est trop long, Marcel, trop long. Moi, je verrais bien d’ajouter tout juste : ICI ; défense d’uriner ICI. Tu as un marker ? J’y vais l’écrire.

- Tu oserais ?

- Oui, Marcel.

- Tu es vraiment un militant engagé, toi, chapeau. Tiens, reprends d'abord un verre.

- Bien volontiers, Marcel.

HUBERT

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