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Struthof : témoin de ce qu’est l’enfer sur terre.

J’ai touché du doigt les barbelés, j’ai senti la menace des miradors, j’ai vu la table de torture, la potence, la chambre à gaz, le four… Je suis entré au camp de concentration de Struthof, en Alsace, là où ont disparu quantité de N.N., Nacht und Nebel, Nuit et Brouillard, ennemis ou opposants du Troisième Reich. J’ai marché dans leurs pas. Je me suis recueilli sur leurs cendres qui ont servi d’engrais pour les potagers.

Bien-sûr, je connais l’Histoire, l’horreur du sort réservé par les nazis aux Juifs, Témoins de Jéhovah, opposants politiques, Roms, Tziganes, « asociaux »… Mais déambuler en silence dans un lieu d’aussi triste mémoire glace bien plus le sang que n’importe quel livre ou film, parce qu’on évolue dans du réel, du concret. Tout est là, on peut toucher du doigt.

Et la question se pose : pourquoi ? Comment des quantités de militaires, capos, médecins, intellectuels en sont-ils arrivés à un tel déchaînement de cruauté envers des gens qui n’étaient même pas pour la plupart des combattants, simplement par haine de quiconque était différent de par ses croyances ou sa culture? La haine de l’autre, parce qu’il est étranger, avec la certitude absolue qu’on est supérieur et que Dieu est avec soi : Gott mit Uns était d’ailleurs présomptueusement inscrit sur la boucle de ceinturon de chaque soldat de la Wehrmacht.

Si j’en crois les documents d’époque, des années trente, la xénophobie s’est installée insidieusement dans la conscience collective d’abord au travers de caricatures humoristiques de mauvais goût, d’articles de presse épinglant de simples faits divers choquants, puis de discours nationalistes de plus en plus exacerbés. Des groupes entiers ont alors été catalogués comme voleurs, immoraux, envahissants, et la crise économique aidant ils ont été désignés comme étant la cause de tous les malheurs. C’est bien connu, quand ça ne va pas, ce sont toujours les autres qui sont responsables.

J’ai quitté le camp de Struthof perdu dans mes pensées. Plus jamais ça, m’ont dit mes parents. Mais quand je constate aujourd’hui la vigueur avec laquelle des idéologies fort ressemblantes se développent à nouveau un peu partout en Europe, avec les mêmes caricatures de tout aussi mauvais goût dans les journaux, les mêmes faits divers focalisant exagérément sur les exactions commises par quelques étrangers, l’amalgame systématique de groupes entiers de gens d’autres cultures, d’autres croyances, d’autres apparences… je me dis parfois que l’Histoire n’est pas loin de se répéter.

HUBERT

Tag(s) : #Tous les articles de ce blog, #coups de gueule! coups de coeur!

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