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21/12/2011 PEK-portrait

Bonsoir mon cher Hubert,

Je viens avec toi avec un compte rendu de l’audience de ce jour.

PEK vêtu d’un pagne blanc était avec sa co-accusée sur le banc des accusés, les mêmes protagonistes en plus ; c'est-à-dire la cour, l’avocat général et ses deux collaborateurs plus Me Manfo et ses quatre collaborateurs.

Le public est nombreux ; à voir les accoutrements et les sacs, il y en a probablement qui viennent directement de Penja ou Njombé.

Quand j’arrive Me Manfo commence sa plaidoirie en faveur de la liberté conditionnelle. Bref, concis, précis et volontairement lent parce qu’un membre de la cour prenait des notes. Comme argument, il donne les garanties suivantes :

Résidence de manière effective à son domicile sis à Penja

PEK ne sortira pas du territoire national ou de la région du littoral

Il répondra à toutes les convocations de la cour ou de toute autorité compétente

Il acceptera toute autre condition que la cour jugera utile d’observer.

Il continue en disant que la justice n’est là pour détruire l’homme mais est à son service, il rappelle que les chefs d’accusation sont faux en écriture et détournement de 1 400 000 cfa, et qu’à ce jour, le faux en question n’a pas été produit, l’original querellé non plus ! Et la défense demande toujours la preuve matérielle de détournement de la somme évoquée supra.

D’autre part poursuit-il, toutes les pièces ont été versées, les témoins entendus, et il n’y a pas à craindre une quelconque collusion, une quelconque fuite , et qu’après quatre ans de détention la cour peut bien comprendre cette situation.

Il termine de façon très courtoise et polie et passe la parole à l’avocat belge Isa Gultaslar.

Brillant et bref, celui-ci insiste sur les garanties données par son confrère. Le dossier étant bouclé dit-il, il n’y a pas de risque de fuite.

A la Zola, il démontre que la somme querellée est bien l’argent du contribuable du peuple ; il dit que rarement, très rarement, il aura vu tant de monde à ce type de procès. Le fait que le public ne hue pas PEK, ne le chahute pas, ne le conspue pas, que sa tenue tout au long des audiences non seulement en dit long mais témoigne de la sécurité du prévenu, PEK , mais aussi de la sérénité et de l’affection qu’on lui porte. (On verra plus bas que l’avocat général évoquera cet argument dans l’autre sens…)

Il termine en disant que dans ce genre de procès c’est le contraire qui se passe, l’accusé est conspué ! Et de conclure : les risques de collusions, de fuite sont absents. Pour cela une relaxe n’est pas un danger.

Me Tefengang prendra à sa suite la parole.

Il évoquera son émotion à plaider dans son pays participant de ce fait à l’avancée de la Justice et du Droit dans notre pays. Il ne sera pas long, il dit que la finalité de tout ce que la défense dit, c’est la libération de PEK.

Il revient et rappelle la durée et les conditions de la détention de PEK.

La durée est lourde et, dit-il avec emphase, la privation de liberté pour un prévenu est une exception. Il invite la cour à combattre l’arbitraire, et termine en disant : « Monsieur le Président libérez Paul Eric Kinguè, vous aurez rendu la justice. »

    MeWaboMabouLe dernier intervenant de la défense, Me Wabo Mabou, ne sera pas long non plus. Il évoque deux choses. Premièrement tous les textes et les procédures évoquées sont des textes appliqués chez nous et dans d’autres procès ; il parle d’un procès en sorcellerie et évoque la durée de la procédure. Il finit son intervention en évoquant une phrase de Nelson Mandela dans un meeting à Jobourg : « faite régner l’état de droit ! ».

Le Président reprend la parole pour la passer à l’accusation ; petit remue au fond de la salle où je suis ; on le redoute…

Les débuts de ses plaidoiries me plaisent bien ; est-ce parce que je suis zéro en droit ou est-ce le but des plaidoiries ?

Il commence donc, l’avocat général, en reconnaissant la valeur et la qualité de la défense. Il dit, « je dois avouer que j’ai pensé renforcer le banc du ministère public mais on m’a rétorqué vas-y seul ! » Vrai ou faux? Pendant la plaidoirie de Me Wabo, il a fait un tour dehors…

Je n’ai pas grand-chose dit-il ! (C’était pour adoucir, car il en avait bien de grandes à dire).

Sur la recevabilité de l’appel et la compétence de la cour il n’y a rien à dire c’est ok.

Mais poursuit-il, pour ce qui est du droit, sur la mise en liberté son avis est négatif ; sa sérénité tranche avec l’émotion qui se lit sur certains visages. Il avance deux raisons.

Premièrement, la faiblesse et l’inapplicabilité des garanties données par la défense. Même s’il reconnait la légalité de ces dispositions.

Sur la mesure de surveillance :

L’accusation s’interroge sur les capacités et les moyens de contrôle. Penja n’est pas dans la ville où siège la cour ; comment vérifier qu’il est à Penja? Comment vérifier qu’il n’est pas sorti du territoire ? (Large sourire dans la salle…)

Pour appuyer ses arguments, il évoque l’affaire DSK où en plus du cautionnement, ce dernier s’était vu imposer des mesures : un logement précis dans un quartier précis, deux soldats en faction à son domicile à sa charge etc.

Il évoquera également la semelle électronique qui permet de savoir à tout moment où se trouve le prévenu ; l’avocat général se demande donc où sont tous ces moyens ? Et de conclure ce volet en disant : pour l’accusation la mesure sollicitée est inopportune… (rires dans la salle ; il le dit non plus en regardant la cour mais le nez dans ses feuilles…)

Sur la résidence à Penja :

Il rappelle que l’autre procès avait comme motif d’accusation l’incitation des jeunes aux émeutes ! Il parle des ennemis et adversaires de PEK qui sont susceptibles de troubler la paix, d’autant plus que les débats ont montré dit-il un chambreur, un agitateur… (Ce dernier mot suscite vraiment une grande indignation dans la salle…il semble la percevoir et dit terminer).

Selon lui l’affaire enrôlée le 21 juillet, étant rendue au 21 décembre, on n’a pas encore fait 6 mois. Une divagation dans l’actualité lui permet de dire que la cour spéciale criminelle que le gouvernement vient d’instaurer donne 6 mois pour vider une saisine !

Des chuchotements dans la salle voient en ce point de vue l’intention de le garder jusqu’à la prochaine élection locale… car je me laisse dire que PEK libre, éligible ou pas, l’élection en sera une…

Il y a du bavardage, l’accusation balbutie et en résumé dit non à toute relaxe ! Le bavardage continue et le Président de la cour reprend la main, et demande à PEK s’il a quelque chose à ajouter.

Il se lève et se lance dans un réquisitoire, long, cohérent enflammé, ses tripes parlaient.

Il dit en substance ceci :

Il n’y a aucune preuve contre moi.  Je demande, je redemande des preuves. J’ai même dit à la cour que j’accepterais une photocopie froissée! Pour ceux qui ne connaissent pas PEK, sa voix est véritablement masculine, forte, le ton péremptoire, courageux, le Français très bon et quand il parle il regarde celui à qui il s’adresse dans les yeux, ses envolées suscitent toujours une émotion et de l’admiration. C’est d’ailleurs pour cela que l’accusation le taxe de chambreur, d’agitateur, pour moi c’est un lion !

Bien que parlant fort, il reste poli, courtois.

PEK continue : dans la première juridiction il est écrit qu’il n’y a pas de preuves clame-t-il dans une position d’humilité les deux mains jointes. Petit calme ; il continue en paraphrasant son avocat Me Wabo : c’est un procès en sorcellerie ; j’en suis au point à me demander que l’on me dise pourquoi je suis en prison !

Monsieur le Président, dit-il, fuir me desservirait, pourquoi fuirais-je ? Vous avez déjà une idée fixe sur ce dossier, ce dossier pour lequel je suis là est vide. C’est un crime que d’être condamné sans preuves. Mon combat ce jour est de montrer que j’ai été jeté en prison pour rien.

Les choses se gâtent…

Non sans émotion, il dit courageusement: j’ai été jeté en prison par Marafat Amidou et un jour il me retrouvera… (Clameur et émotion dans la salle !!!)

Tout en demandant pardon à ses avocats pour cette affirmation, il dit que lui arracher 10 ans de sa vie c’est dur.

Vivre à Douala ou à Penja ne créera aucun problème dit-il ; je répondrai à vos appels. Il finit dans une émotion difficilement contenue en remerciant ses avocats, brillants selon ses dires et en comptant sur la bonne compréhension de la cour.

Le président reprend la parole et fixe le délibéré pour vendredi 23 décembre à 10h.

J’y serai; à vendredi donc.

GERARD P. KUISSU MEPHOU

Cyberjournaliste
Assistance aux créateurs d'entreprises
Correspondant ICICEMAC.COM

Tél: 77 63 37 99

Tag(s) : #Tous les articles de ce blog, #affaire PEK

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